LE MAQUIS D'ORNANO : témoignage de Mr YVAN JACOB


" Le MAQUIS D'ORNANO, premier maquis de l'Armée Secrète du Tarn-et-Garonne, se tenait entre Montricoux et Saint Antonin sur la commune de Penne (Tarn),à proximité de Cazals (Tarn-et-Garonne).
Il occupait deux fermes abandonnées dites La Bouriette et Lantanel, situées  à environ 500 mètres l'une de l'autre.
A la première logeaient un groupe de maquisards avec ses chefs de groupe, à la seconde se trouvaient le P.C, la cuisine et un autre groupe de maquisards.
Dès le début de 1944 le maquis d'ORNANO procéda à des parachutages.
Le 21 mars 1944 alors qu'il effectuait deux parachutages consécutifs sur un terrain sis à environ 6 kilomètres du camp, des forces ennemies l'attaquèrent.
Devant le nombre supérieur de l'adversaire fortement armé les maquisards durent se replier sur le camp laissant des prisonniers et des blessés. Ceux-ci devaient être fusillés ensuite.
Après un combat acharné qui devait durer toute la matinée les allemands réussirent à rester maîtres du terrain, après avoir bombardé avec des mortiers les fermes qui abritaient les maquisards. Cet engagement devait coûter la vie à six jeunes français.
Quatre sont restés inhumés sur les lieux du combat, les restes de trois autres, calcinés, se trouvent réunis dans le même cercueil.
Les anciens du maquis d'ORNANO, dès la libération ont constitué une amicale destinée à perpétuer les liens de camaraderie qui les unissaient au maquis.
Parmi les buts qu'elle s'est assignée figurait notamment l'édification d'un monument à la mémoire de ses morts et donner aux camarades restés sur l'emplacement du maquis une sépulture digne de leur sacrifice.
Tous les 21 mars les anciens se retrouvent au maquis sur la tombe provisoire de leurs regrettés camarades en une émouvante cérémonie commémorative.
Cette année cette cérémonie devait revêtir un éclat particulier ; en effet grâce à la persévérance  et aux efforts du bureau de l'amicale, en particulier de Messieurs Yvan Jacob et Georges Molinié, un monument imposant comprenant deux caveaux était inauguré en présence des autorités civiles et militaires du département.
Une nombreuse assistance avait tenu à assister à cette cérémonie du souvenir, qui honore la mémoire des jeunes qui sont tombés pour que la France vive dans la liberté. "   
                 

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Paul GUIRAL, après l'arrestation de sa femme Henriette et de sa fille Suzanne, fut obligé d'entrer en clandestinité, étant recherché par la Gestapo et sa tête étant mise à prix.
A la mi-juin 1944, il rejoint le maquis d'Ornano, partageant la vie des maquisards et les dangers.

Mon père, Georges CAUSSANEL, continuait à assurer les liaisons entre Paul GUIRAL et l'Etat-major de Toulouse.

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Ces documents (dont je possède les originaux) furent confiés à mon père, Georges CAUSSANEL, par Monsieur Yvan JACOB

 
                                                                                QUAND J'ETAIS AU MAQUIS par  YVAN JACOB
(extraits)

Le travail en Allemagne récupère tous les français et nombreux sont les jeunes gens qui répondant à l'appel du Général de GAULLE préfèrent quitter leur emploi, leur famille, pour gagner le maquis.
En ce qui me concerne, je me dissimule, mais les évènements se précipitent et la Gestapo redoublant d'activité, je me résous à prendre le maquis.
Guidé par un ami, je me rends dans un petit café où se réunissent quelques résistants et y trouve un jeune homme des Chantiers de Jeunesse s'apprêtant également à joindre le maquis.
Une voiture nous mène en compagnie de trois de la Résistance et nous  prenons la route qui à ce moment-là, nous étions en février, est couverte de neige.
Mon compagnon me regarde en silence, la même appréhension nous étreint ; le maquis dont on a tant entendu parler, quel est-il exactement ?
Enfin nous atteignons un carrefour et la voiture s'engage dans un chemin caillouteux ; nous passons devant une ferme et après quelques mètres, nous nous engageons dans un petit bois jusqu'à une clairière où nous laissons la voiture.
Nous sommes rendus au poste de garde. Nous apercevons quelques silhouettes à travers les feuillages neigeux et prenons contact avec les maquisards arborant la croix de Lorraine.
Nous sommes dirigés vers le P.C. où le jeune et sympathique chef JACQUES nous souhaite la bienvenue et un chef de groupe nous conduit à notre nouveau domicile.
Nous arrivions au maquis juste le mardi gras et nos nouveaux camarades nous font profiter de crêpes faites en cette occasion. Le dîner est succulent, la bonne humeur règne, les chanteurs sont mis à contribution, Richard, le " Tino Rossi " de l'équipe chante " une partie de pétanque " avec d'autres paroles plutôt grivoises, Marc détaille avec brio " Sidi Brahim " et enfin le chef du camp Charlemagne de sa voix grave entonne une chanson reprise en chœur par l'assistance avec des paroles assez amusantes.
Notre appréhension a disparu, l'heure s'avance, nous regagnons la ferme abandonnée qui a nom " La Bouriette " située à une centaine de mètres du P.C où nous devons coucher.
Nous grimpons à l'échelle pour gagner notre dortoir situé au premier étage. Nous prenons un emplacement vacant sur la paille et installons nos affaires. Nous touchons chacun deux couvertures et nous disposons sur des étagères de fortune les quelques objets personnels que nous avons apportés. Certains, peu nombreux, disposent d'un sac de couchage.
Nos nouveaux compagnons décident de nous tirer les couvertures quand nous sommes couchés, tribut des nouveaux arrivants. Nous supportons stoïquement et gaiement les plaisanteries de nos compagnons et après que j'eus raconté quelques histoires qui ont leur petit succès, chacun s'endort.

Les nuits en général sont agitées d'abord par les allées et venues des camarades se relayant pour la garde, et ensuite par la présence au-dessus de nos têtes de rats qui font un va et viens continuel.
Je fais partie du premier groupe qui comprend comme chefs : Le Sabre, Tonin, Toto et René " Petit Père ".
Mes camarades sont : Joë, Pierrot, Henri, Jean, Mick, Bernard, Louis, Maxou, Marius, Olive, Antoine, Emile, Léon, Biffin, André, Gérard et moi-même Yvan.
Le deuxième groupe qui loge au même endroit que le P.C, à la ferme dénommée l'Otanelle comprend :
Chefs : Loulou, Françis.
Richard, Gaby, René, Bébert, Baptiste,Marc, Benoit, Jules, Ignace, Maurice, Charlie.
Les cuisiniers : Yves, Picou, Peter.
Le chef du camp Charlemagne loge également au premier étage avec le sous-chef du maquis GEORGES, " l'intendant ", qui s'occupe de notre ravitaillement et s'en tire à merveille et enfin notre chef JACQUES estimé par tous.
Nous pûmes apprécier la franche camaraderie qui régnait au maquis et combien étaient fausses les descriptions répandues par une propagande mensongère.
Les principales occupations consistaient en corvées de bois et d'eau ainsi que de la garde. Le dimanche, au rapport quotidien, nous avions le salut aux couleurs et le drapeau était hissé en haut d'un mat.
Je conçus l'idée de décorer une pièce de notre cantonnement où nous nous retrouvions aux heures de loisirs.
C'est ainsi que je confectionnais de multiples pavillons aux couleurs alliées qui traversant la pièce lui donnaient un air de fête et en collaboration avec Mick (décorateur dans le civil), nous confectionnons des panneaux humoristiques : "midi sept heures, l'heure du Berger ", 3 heures, 5 heures, l'heure du baiser ",etc…
Mick fit mon portrait, ainsi que celui d'Henri et d'Olive. Nous baptisons notre local " Loufting Club ", un tableau du personnel nous fait adopter quelques pseudonymes et nous dressons la liste suivante : Joë le polyglotte, Mick la Bohème, Biffin le collégien, Olive la Gomme, Bernard le montagnard, Pierre le Figaro, Yvan Cléopatre, Léon le Frisé, Henri l'Aristo, Louis l'insatiable…
A la porte un écriteau " Club des privés d'amour " jette une note pittoresque.
Tout cela ne nous fait pas oublier le but de notre présence au maquis : nous préparer pour chasser le  boche de notre pays !
Tous les maquisards connaissent cette atmosphère de franche cordialité, cette unanimité : un seul but, libérer la France, un seul ennemi, le boche.
Puis un jour, on vint à nous parler de parachutages probables ; on ne pense plus qu'à cela…certains en rêvent…mais on a du mal à y croire, et, cependant, le jour vint ou nous eûmes notre premier parachutage.
Je passerai sur les détails d'organisation; sitôt que nous  eûmes entendu à la radio la phrase convenue dans les messages personnels dont la liste augmentait tous les jours…la phrase attendue était "  il pleurait comme une fontaine "…
Le chef distribua les postes : radio, protection, ramassage ; nous étions tous un peu émus quand le ronronnement d'un avion troubla le silence de la nuit.
Il approche, passe au-dessus de nous sans s'arrêter…
Nous sommes un peu angoissés, est-ce un ennemi ?...enfin le revoici qui fait le tour du terrain, nous faisons les signaux convenus, il nous répond, c'est bien pour nous.
Il descend à basse altitude ; combien cette masse sombre est impressionnante, puis un cri général, les parachutes tombent tels de petits parapluies…on court, on est heureux, ce que nous attendions depuis des jours est enfin arrivé.
A l'époque des parachutages, nous fûmes plusieurs fois alertés et nous eûmes la visite de deux maquis voisins (Denis et Gilbert) accourus nous prêter main forte. 
Nous en fûmes quitte pour l'émotion et la fatigue car la garde avait été renforcée et chaque équipe de quatre devait assurer une garde continue de 24 heures.
Malheureusement nos craintes devaient être justifiées et le 21 mars 1944, alors que nous procédions à un parachutage de deux avions sur un terrain sis à 5 km de notre camp, nous sommes attaqués par un groupe important de soldats allemands.
L'équipe de protection met en action les mitraillettes, Bébert est touché, ce sera la première victime de cet engagement.
Nous regagnons le camp à la hâte, chacun fait son paquetage, mais ceux-ci à peine achevés, une rafale de mitraillette nous apprend que l'ennemi est déjà là. Nous devons tout abandonner.
Tout en protégeant notre fuite, certains camarades tirent sur les allemands faisant de nombreuses victimes ; l'attaque qui débutait à 5 heures du matin devait durer toute la matinée."                                                                   
                   






                                                                                     


 






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Yvan JACOB est né à Bordeaux le 6 mars 1908.

Il  a été incarcéré 7 mois au Fort du Ha de Bordeaux, de Noël 41 à fin juillet 42. Avant d' être jugé dans la section allemande et après son jugement dans la section française pour usage et fabrication de fausses cartes d'identité. Il a, plus tard rejoint les maquis du Tarn-et-Garonne puis été l'acteur et le témoin des combats de 1944.





Avec mes remerciements pour les informations et les crédits photos qui m'ont été transmis gracieusement par sa nièce, Mme Martine JACOB-MARTIN.




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"Richard"

Le capitaine Abel ROUS dit"Richard", se trouvait au maquis d'ORNANO et participa en mars 44 aux combats lors de l'attaque de ce maquis par les allemands.
Venu de Montauban il fut nommé par l'Etat major de Toulouse chef départemental du Service d'Atterrissage et Parachutage (SAP) de l'Ariège et il était un des chefs de la résistance ariégeoise.
Se trouvant à Montauban dans la nuit du 1er au 2 juin 1944 et prévenu par un résistant alors qu'il traversait le pont des Consuls, il échappe de peu à l'arrestation, la Milice étant à la porte de son logement, rue de la Comédie.
André ETCHEVERLEPO, qui logeait à l'étage au dessus entendant les miliciens qui investissent les lieux, saute par la fenêtre. Il sera rattrapé et assassiné au pont des Consuls, un tragique concours de circonstances comme on en a vu souvent durant cette guerre.

Abel ROUS fut décoré de la Croix de guerre avec étoile d'argent pour son action dans le S.A.P et pour sa participation aux combats du maquis d'Ornano.

(renseignements et documents fournis par son fils, Monsieur Pierre  FISCHER)


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