Le CODE 23

L'histoire authentique du code 23

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Cette histoire a été relatée par " Mickey ", dédiée à la mémoire de Madame Henriette Guiral, épouse de son chef, morte pour la France en sortant du bagne allemand de Ravensbrück en 1944.


( Le texte a été remanié pour le moderniser et le rendre d'une lecture plus plaisante; seule la forme est changée; l'authenticité en reste entière).



Code 23 : l'histoire authentique

Nous sommes en fin d'après-midi, dans une ville du Sud-Ouest  de la France. Un jeune homme discret pose sa bicyclette contre le mur et frappe  trois coups espacés à la porte d'une maison bourgeoise ; une porte s'ouvre sur une jeune fille au regard attentif et le V de la victoire  est échangé discrètement. Un rire clair et : " bonjour Mickey, tu peux entrer, papa est là " ; elle le précède dans une salle à manger à la décoration exotique.

Mickey salue un homme d'un certain âge, l'air alerte, enfoncé  dans son rocking chair, en train de bourrer une pipe très joliment sculptée mais semblant avoir beaucoup servi : " bonjour Monsieur Daumier, bonjour mesdames, quoi de neuf ? "

La jeune fille, s'assoit à côté de sa mère, Henriette, en train de broder un motif coloré.

Tout ici est paisible, avec la radio  qui joue en sourdine ; comme la guerre semble loin.

Et pourtant, dehors, l'ennemi, à l'approche de la nuit prépare ses traquenards.
Dès la porte franchie, le danger est là, immédiat et brutal et il faut tenter de déjouer les filatures et les pièges ; qui se cache dans l'ombre, Gestapo, Milice, Police française ?

" Bonjour Mickey dit Daumier, comment vas-tu ?...j'ai du nouveau ".

Mais, son prénom n'est pas " Mickey ", et le nom du vieux monsieur n'est pas " Daumier " !

L'agent secret matricule 2456 vient rapporter sa " moisson " au chef départemental du S.R,  rattaché au B.C.R.A de Londres, où l'on attend avec impatience ces renseignements, tellement vitaux pour contrer l'ennemi partout où cela est possible, sauver les agents qui peuvent encore l'être, préparer le grand débarquement ou la vie et la mort se joueront à pile ou face , ou se trouveront dans la balance le désastre ou la victoire, l'esclavage ou la liberté !

Il remet à " Daumier ", son chef et ami, des documents en papier très fin, qu'on peut dissimuler facilement et qu'ils examinent ensemble.

Puis " Daumier " s'éclipse quelques instants et revient avec les instructions que le QG du secteur lui a fait parvenir.
L'une d'entre elles attire particulièrement leur attention : il s'agit de rechercher activement le fameux Code 23. Celui-ci sert au Ministère de l'Intérieur de Vichy pour communiquer aux Préfets tout ce qui concerne les arrestations de patriotes, et les opérations de police dirigées contre la Résistance.

CODE 23 ! Importance capitale, sa découverte permettra de sauver de l'arrestation, de la torture et de la mort de très nombreux camarades.

" Mickey " est chargé de trouver le code ; enthousiasmé par cette mission qui permettrait, si elle est menée à bien, de sauver de nombreuses vies ; il prend congé de son chef, matricule DR 2454, qui l'incite à la vigilance et à la plus grande prudence.

Mais où peut bien se trouver ce précieux document ? L'agent secret s'interroge ; serait-il à la Préfecture ? Peut-être au cabinet du Préfet !

Il essaie adroitement de faire parler le chef de Cabinet (qui le connaît bien et lui manifeste quelque estime),  tente de lui faire " lâcher " quelques mots qui puissent le mettre sur la piste.

Après quelques jours d'efforts, il sait que le code secret, se trouve au Cabinet du Préfet, mais où ??

Il décide de revenir tous les jours, sans se faire remarquer ; qui pourrait porter le moindre soupçon envers l'ami du chef de Cabinet du Préfet de Vichy ?

Un jour, alors qu'il commence  à désespérer, son obstination porte ses fruits ; alors qu'il converse avec son " ami ", son visage se fige, ses yeux brillent d'un éclat inaccoutumé, oh, très peu de temps ; instantanément l'agent secret remet le masque, sa joie doit être intérieure, il ne doit à aucun prix attirer l'attention ; il continue sa conversation sur le même ton et pourtant : là, sur un bureau, à quelques mètres de lui, un petit livre gris, comme un manuel d'étude ou un aide-mémoire, est posé ; sur le coin gauche deux chiffres noirs brillent : 23 -

c'est le code !

Soudain, sonnerie du téléphone ; le chef de cabinet décroche puis se lève : " veuillez m'excuser, Mr le Préfet me demande ; je vais vous faire patienter ".

Immédiatement, " Mickey " s'empare du manuel et le feuillette ; c'est bien le code. Il va le glisser dans sa poche mais se ravise, le vol sera découvert et le code changé ; il le repose à sa place et prend congé de son hôte qui vient de rentrer.

Rapidement, il s'invite chez " Daumier " et lui fait part de sa découverte.

Celui-ci rédige une note qu'il va falloir porter immédiatement au QG de Toulouse ainsi que d'autres renseignements de la plus haute importance, surtout les plans du tout nouveau bazooka, que la division "Das Reich" expérimentait en grand secret dans une caserne de Montauban et que "Suzy" avait réussi à soustraire à un S.S .

" Suzy ", la jeune fille, agent secret, est prête ; avec courage elle va faire le voyage, comme elle l'a déjà fait bien des fois ; personne ne le sait ; elle est toujours volontaire pour ces missions extrêmement dangereuses.
Le train part sans problèmes ; les documents sont bien cachés mais évidemment, ils seraient découverts lors d'une fouille approfondie.
Dans le compartiment, on bavarde et les potins vont bon train (si l'on peut dire !).  Nul ne se doute que cette affable et charmante jeune fille fait partie d'une de ces organisations  (" terroristes " comme les nomment les nazis et leurs amis collaborateurs) dont les allemands torturent et fusillent les membres  dès qu'ils sont découverts et arrêtés.

Le train ralentit enfin et entre en gare de Toulouse la rose ; l'agent secret descend et immédiatement regarde en direction de la sortie de la gare.
Son cœur rate un battement : la Feldgendarmerie et la Gestapo fouillent toutes les femmes.
Que faire ; ces documents sont vitaux, il faut absolument qu'ils parviennent à leur destinataire.

Tout à coup, derrière elle, elle entend deux voix aux accents teutons qui semblent s'adresser à elle et aperçoit deux officiers supérieurs " boches ".
Habituellement elle crache discrètement par terre, par mépris, lorsqu'elle les croise, mais aujourd'hui, l'occasion est trop bonne, elle se retourne avec un sourire.
Ils mordent illico à l'hameçon, et fiers d'avoir fait une belle conquête, (cela leur arrive tellement peu souvent), nos deux colonels, avec force galanterie, tout en marchant commencent une cour maladroite.
Elle bavarde gentiment avec eux ; mais voilà déjà la sortie, et elle fait semblant de prendre congé de ses chevaliers servants : il lui faut passer à la fouille comme tout le monde !

Ils s'indignent : " mais non mademoiselle, vous allez passer avec nous ", la prennent chacun par un bras et se dirigent vers la sortie.
Un claquement de talons, un garde à vous impeccable, et les documents passent au nez et à la barbe de ceux-là même qui seront les premiers à en subir les conséquences.
" Suzy " réussit à semer ses prétendants et à amener les documents à bon port ; elle a eu chaud !

Au retour, sans incident cette fois, elle remet la réponse à " Daumier " : " fournir le code 23 dans les plus brefs délais, document très important "

" Daumier " échafaude un plan et bientôt tout est prêt.

Une nuit obscure, deux ombres glissent silencieusement le long des murs, évitant les lampadaires. Onze heures sonnent à l'horloge de la cathédrale, c'est le couvre-feu.
Tout à coup, un bruit de bottes, un ordre guttural ; c'est une patrouille qui arrive.
Les deux hommes s'engouffrent dans un couloir, se plaquent au sol en retenant leur souffle. Ouf ! le danger est passé, les pulsations se calment, la mission continue.

La Préfecture : une fenêtre volontairement mal fermée la veille au soir est poussée, les agents pénètrent dans les locaux à la lueur voilée d'une lampe torche ; "Mickey " qui connait bien les lieux monte à l'étage et rentre dans le bureau du  chef de cabinet du Préfet et, après avoir pratiqué une fouille rapide, s'empare du Code 23 qui avait été placé dans un tiroir.

Pistolet au poing, " Daumier " fait le guet au bas de l'escalier.

Les deux hommes quittent précipitamment les lieux et se rendent en ville chez un ami ; on assiste à une curieuse scène, où, tous volets fermés, masqués par d'épais rideaux pour cacher les éclairs du flash au magnésium, trois hommes photographient à toute vitesse les pages du carnet dérobé.

Il ne reste plus qu'à le remettre en place, ce qui est fait rapidement. Demain matin, tout sera rangé comme à l'ordinaire, et Mr le chef du cabinet du Préfet de Vichy ne s'apercevra de rien !

Les photos développées, " Mickey " se charge de les porter à Toulouse.

Le voyage se passe bien, point de " boches ", à la gare, aucun policier.

L'agent secret sort de la gare en sifflotant et blêmit tout à coup ; la gendarmerie allemande fouille tous les jeunes gens et la cour de la gare est encerclée. " Mickey " n'a que vingt ans, il sera fouillé ; reculer, ce n'est pas possible, c'est s'accuser, les " boches " l'ont déjà vu, il sera repris… est-il irrémédiablement perdu ?
S'il est pris, il sera fusillé demain matin à l'aube, après d'horribles tortures ; il sait que sa tête est mise à prix par la Gestapo.

Moment d'angoisse indicible, où son esprit fonctionne à une vitesse inusitée ; défilent devant ses yeux tous ceux qui lui sont chers, toute sa courte vie pleine de promesses qui risque d'être brisée, demain, à l'aube.

Mais il n'est pas encore pris !

Il sent une demie cigarette au fond de sa poche, la sort, se tâte, l'air dubitatif et s'approche du feldgendarme le plus proche qui le regardait, d'une démarche assurée.

Il n'a pas peur ; son cœur bat.

Interpellant le " boche " il lui demande : " Feuer " (avez-vous du feu ?) " Ya, ya " (oui, oui); le " boche "sort son briquet et donne du feu à l'agent qui remercie :  danke schön "; le feldgendarm lui fait un signe.... et... il est passé…

L'alerte a été forte, la tension nerveuse aussi ; l'esprit humain a des ressources !

L'agent secret remet les documents à ses chefs, reprend le train qui va le ramener à sa maison de Verlhaguet qu'il a cru ne jamais revoir.

Le code 23 est dans de bonnes mains ; des spécialistes vont l'utiliser ; ils vont sauver des vies et intoxiquer l'ennemi qui perd encore une manche.

C'est ainsi qu'au péril de leur vie, dans l'ombre, des français dignes de ce nom ont lutté chaque jour pour rétablir la liberté, la paix, l'honneur de la France et des français.

27/10/1945
signé : Georges CAUSSANEL dit " Mickey "

(Ce récit fut envoyé pour parution au journal l'Elan situé rue Roquelaine à Toulouse le 27/10/1945).

Certains étaient très jeunes, encore des enfants -15,16, 17 ans ans- et vivaient tous les jours dans la peur et l'angoisse de la délation, de l'arrestation de la torture et de la déportation. Ils voyaient leurs camarades assassinés ou fusillés ; à qui vraiment se fier ? Des membres d'une même famille et d'anciens amis se dénonçaient. Les espions de la Milice et de la Gestapo étaient partout, les S.S faisaient régner la terreur par de sauvages et aveugles représailles. C'était une période sombre et terrible !

Gloire à ceux qui ont donné leurs vies ; Gloire à ceux qui sont encore parmi nous : nous leur devons tant !


Texte et photos ©Serge Caussanel
(archives personnelles)



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Immatriculation de "Mickey" au service de renseignements des M.U.R .
(crédit: Archives Nationales)








GESTAPO DE MONTAUBAN



STOTZ Felix était le chef de la Gestapo de Montauban à partir de 1944; il appartenait aussi au S.D. *

Sur ses ordres de nombreux Résistants furent arrétés, torturés et déportés.  Il arrêta lui-même Henriette et Suzanne GUIRAL.

Il est responsable avec sa garde de SS de nombreuses exactions, vols, meurtres assassinats et exécutions à Montauban et dans sa région.

Il recruta des agents parmi les miliciens et  certains habitants locaux, attirés par l'argent et l'immunité que leur conférait leur carte de la Gestapo. Ils lui fournissaient des renseignements et incitaient à la délation.

Il fut arrêté le 2 juillet 1945 et traduit devant le tribunal militaire de Bordeaux en 1952 ou il fut condamné à mort.

Cette condamnation fut ensuite transmuée en travaux forcés à perpétuité par le haut conseil de la magistrature. De révision en révision, il fut libéré en 1956.

On se demande de quelles complicités et de quelles collusions il a bénéficié au sein de l'institution de la "Justice" pour que ce  criminel de guerre de la pire espèce puisse finir ses jours libre et sans se soucier des monstruosités qu'il avait accomplies ni des victimes et de leurs familles touchées à jamais par ces crimes.

* Le S.D ou Sicherheitsdienst était le service de sécurité et de renseignements de la SS, fondé par Reinhard Heydrich, criminel de guerre , comme Himmler dont il était l'adjoint direct




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